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Le petit monde de Ladynin

Le petit monde de Ladynin

Petit tour autour de la planète jeux vidéo de leur début à aujourd'hui en passant par mes coups de coeur de la toile ou mes rencontres IRL ainsi que mes bons plans.


Les Vilains

Publié par Jenny Ladynin sur 9 Février 2017, 11:58am

Catégories : #LadyninEnBalade, #BlogdeLadynin, #Convention-Salon, #Conference

Dimanche 27 novembre, j'ai eu le plaisir d'assister à une conférence au Dernier Bar Avant la Fin du Monde à Châtelet orchestrée par Nicolas Beaujouan et David Peyron sur la thématique de l'exposition à présent terminée mais qui était en place depuis début novembre s'intitulant « Dans l'antre du côté obscur » organisée par l'association Les Curieuses Expositions.

 

Affiche de l'exposition (crédit Les Curieuses Expositions).

Les Curieuses Expositions est une association qui a pour but de promouvoir, développer, créer des expositions, événements culturels et artistiques. Elle a, durant tout le mois de novembre, proposé au Dernier Bar des événements autour des personnages « méchants » de la pop-culture.

 

L'exposition, inaugurée le 3 novembre a rencontré un grand succès. Il faut dire que l'association a vu les choses en grand en regroupant vingt-six talentueux artistes comme mon ami GLAD.

Le choix du lieu n'est pas anodin car, le public visé étant sensiblement le public du Dernier Bar Avant la Fin du Monde qui se reconnaît comme geek.

 

L'exposition s'est terminée le 28 novembre et a bouclé sa dernière conférence sur une thématique qui m'a grandement intéressée, intitulée « la Psychologie du Vilain ». David Peyron (auteur de La culture Geek) et Nicolas Beaujouan (auteur de Geek la revanche) ont cherché à nous faire réfléchir sur « pourquoi les vilains nous attirent plus que les gentils ».

 

« Pourquoi les vilains nous attirent plus que les gentils ?»

Le méchant dans la société est un rôle nécessaire. Il permet de mettre des limites avec cette

« punition » de devenir le vilain si on ne suit pas les règles. Le vilain est une construction sociale régie par des attributs qui lui sont propres. On va voir ce qui fait d'un vilain un vilain ainsi que l'histoire du vilain dans la culture occidentale afin de comprendre ce qui nous attire chez eux.

 

Le premier vilain que l'on reconnaît dans l'histoire occidentale est Judas. En 1978, est découvert l’Évangile de Judas qui prouve que Judas vend Jésus aux Romains mais à la demande de Jésus. Cet évangile est apocryphe, c'est-à-dire, non reconnu par l’Église. Judas assume son rôle de vilain au service de la communauté. On peut en ressortir que le vilain n’apparaît qu'en opposition au gentil (ici Jésus). Le vilain comme on l'entend ici est une vision occidentale. Il répond à des codes qui lui sont propres et qui historiquement sont tirés de ce premier vilain.

Le manichéisme1 des années 70 que l'on retrouve bien dans des films comme avec la sortie du film de Superman qui redevient le héros irréprochable qu'il n'était plus dans le comics créé en 1938. Star Wars est aussi un bon exemple de manichéisme1.

Le héros d'aujourd'hui a évolué, il est devenu plus badass. Le manichéisme existant n'est plus aussi affirmé. Il y a une zone de gris où héro et vilain sont dans des entre-deux. C'est cette évolution qui est intéressante à questionner sur notre rapport aux héros et aux vilains.

1. Le manichéisme est la séparation franche entre deux choses dont l'une perçue comme bien et l'autre rejeté. Ici, le bien et le mal.

Judas embrassant Jésus (fresque ; Chapelle des Scrovegni ; Padou)

 

A la base, le vilain est vu comme un archétype : être vilain pour être vilain mais il a évolué et le vilain d'aujourd'hui est un personnage très construit avec un passé, une histoire et des caractéristiques propres ainsi que des aspirations.

Le vilain reste l'exemple du personnage pas intégré de la société qui refuse de s'intégrer.

 

Par l'évolution de notre approche aux vilains, se sont créés des personnages badass dans les années 2000. Le gentil pur n'est plus le héro que l'on a avec Superman dans les premiers films. Il y a une transformation du héro qui tend vers un anti héroisme qui lui prête des caractéristiques associées plus facilement aux vilains. La séparation entre le bien et le mal a changé aujourd'hui, l'ambiguïté augmente par rapport au manichéisme des années 70. L’ambiguïté permanente entre le gentil et le vilain montre l'évolution de la vision que l'on a des gentils et des vilains.

 

Le gentil est devenu un anti-héro. Le parfait exemple récent poussé à son extrême d'anti-héros est DeadPool. Cependant, il faut noter que durant ses aventures, ce nouvel anti-héros est forcément puni car, le héros doit être pur pour gagner à tout les coups.

Aujourd'hui, le héros et le vilain sont donc plus proches qu'il n'y paraît. Il y a une relation d'interdépendance entre le gentil et le vilain qui permet à l'un comme à l'autre d'exister. La websérie Flander's Company reflète bien cette idée d'interdépendance du gentil sur le vilain.

L'idée de miroir entre le vilain et le gentil est donc fondamentale, il faut comprendre que sans vilain, le gentil n'est pas.

Le gentil est donc une opposition au vilain. Il incarne la « blancheur », l'innocence. A la fin de l'aventure, il a grandement changé cependant. Dans les jeux vidéo, le personnage principal (héros) n'a pas véritablement de caractéristique propre, sa transparence permet au joueur de s'incarner en lui, de modeler le héros comme le joueur le souhaite. On appelle ça un « jeu origine ».

Par exemple, dans le jeu << South Park: The Stick of Truth >>, le personnage que l'on incarne ne parle qu'une fois dans le jeu, à la tout fin. C'est le monde qui l'entoure qui le fait évoluer et qui détermine ce qu'il est.

Affiche du film (2016)

 

Maquette du jeu South Park

Maquette du jeu South Park

Le vilain, lui, est dès le début l'incarnation de la « noirceur ». Il n'évolue pas ou peu durant l'aventure. Il ne grandit pas de cette aventure. Le méchant incarne la peur des sociétés.

Par exemple, dans Le Seigneur des Anneaux, Saroumane incarne un renouveau de la société, c'est la peur de la modernité qui ressort de la saga.

 

extrait du film Le Seigneur des Anneaux

extrait du film Le Seigneur des Anneaux

 

De cette idée de miroir, on peut se pencher sur les caractéristiques physiques du vilain qui n'ont pas beaucoup évolué. Il y a toujours une opposition entre le vilain en noir et le héros en blanc. Il a des attributs visibles pour être reconnus au premier coup d’œil. Par exemple, dans Star Wars, il y a une opposition nette entre Dark Vador, la représentation du mal en noir et la princesse Leïa qui est majoritairement en blanc. Star Wars est un bon exemple car avec l'évolution du personnage de Dark Vador, on voit l'évolution des caractéristiques physiques justement qui passe du gentil au vilain.

L'un des contres exemples est la Reine Blanche de Narnia qui est représenté en blanc alors qu'elle est le vilain par rapport aux héros (les enfants d'Eve et d'Adam). 

extrait du film Star Wars IV et de Narnia I extrait du film Star Wars IV et de Narnia I

extrait du film Star Wars IV et de Narnia I

Dark Vador menaçant la Princesse Leïa avec la symbolique des couleurs et de l'autre côté, la Reine Blanche de Narnia (représenté en Blanc mais avec un jeu de couleur assombri) 

Il n'y a pas que des attributs physiques et l'une des caractéristiques du vilain est son égoïsme. Il se bat pour lui, pour sa quête personnelle. Le vilain fait le bien selon sa morale. Là où, au contraire, le héro protège et fait le bien selon la morale du groupe (la société). Le gentil est altruiste.

Il faut noter que l'on traite ici de la vision du vilain occidental. Ce vilain tire ses origines de la Bible.

 

Le vilain dans la société arrive avec un basculement, le début d'une crise de la société. Le vilain se veut purificateur. Dans Narnia, les héros combattent la Sorcière pour renouveler l'ordre en place.

Le vilain doit rester vilain pour la construction sociale, pour être le contre exemple de ce que l'on doit être. L'exemple de cette idée est la représentation de Ralph dans « Le Monde de Raph » où lorsque le méchant du jeu part parce qu'il n'est plus satisfait du rôle dans la société qu'on lui attribue, le monde dans lequel il évolue est en danger de disparition. Sans méchant, le monde de Ralph ne peut exister car, sans lui, le gentil n'a aucune fonction. La fin est que les autres protagonistes du jeu (le héro mais surtout la société autour accepte de traiter Ralph autrement qu'un vilain marginalisé parce que Ralph sort de son jeu de vilain. Les protagonistes réparent leur erreur.

Il y a l'idée d'une erreur du passé qu'il faut réparer pour sauver le vilain. On le voit aussi avec Batman et le Joker, c'est Batman qui crée le Joker par accident. On peut aussi prendre l'exemple de Star Wars (que l'on connaît tous).

Extrait du film Le monde de Ralph

Extrait du film Le monde de Ralph

Le monde n'est pas à la taille de Ralph face à Félix (le héros) à qui on voue un culte. Scène du gâteau de fin de journée. Un vilain maladroit face à un héros trop gentil qui répond à la demande de la société (représenté par les habitants). 

Donc, nous avons un vilain d'un côté qui joue son rôle par obligation sociale et de l'autre le héros qui joue aussi son rôle social. Le héro doit empêcher le vilain d'être une bascule, un changement dans ce monde. L'interdépendance entre le vilain et le gentil est principalement montrée par une histoire qui les lie soit dans un passé soit dans l'aventure qu'ils partagent.

Au sein de cette aventure, le héros se transforme. Il évolue. Au départ de son aventure, le héros est un personnage sans expérience, innocent et pur. Mais les épreuves de l'aventure le changent profondément et en fin de quête, il n'est plus le même. Les causes peuvent être multiples mais sont souvent récurrentes. C''est souvent par la rencontre et/ou la séparation de personnages, une ou des épreuves difficiles où le héros doit faire des choix difficiles. Il en ressort que le héros à la fin de sa quête n'est plus adapté à la société après l'avoir sauvé. Il est le chaînon qui relie le vieux monde au renouveau de celui-ci.

Extrait de la trilogie Le Seigneur des Anneaux
Extrait de la trilogie Le Seigneur des Anneaux
Extrait de la trilogie Le Seigneur des Anneaux
Extrait de la trilogie Le Seigneur des Anneaux

Extrait de la trilogie Le Seigneur des Anneaux

Le Seigneur des Anneaux est un excellent exemple de changement du héros par sa quête. 

On peut conclure en rappelant que si l'on aime plus les méchants que les héros c'est parce que le méchant est attirant tant par sa personnalité sombre et ses attributs physiques que par sa représentation au sein de la société. Il représente ce que l'on ne peut pas être. Le héros tend de plus en plus a montrer sa noirceur, son ambition personnelle et donc n'est plus un héros pur. Cette évolution du héros est liée à l'évolution du public et au désir d'identification du héros pour des personnages moins héroïques.

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Fanou 09/02/2017 15:19

Quel travail, c'est fluide, plaisant à lire. Très beau travail.

Jenny Ladynin 09/02/2017 15:21

Merci Fanou, c'est le but de mon petit travail j'essaie d'apporter quelques choses d'intéressant mais d'un temps soit peu complet

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